Réveil
le classé dans Défi et Vendredi soir
En écoutant Tic-toc-choc : François Couperin sous les doigts d’Alexandre Tharaud
Le blouson accroché dans le vestibule, quelques pas faits dans le couloir le temps de dégrafer son col et il pouvait respirer le mélange de parfums de l’appartement. Il laissa la lumière éteinte, se repérant à la lueur bleu sombre de la nuit et par la force de l’habitude. Il était chez lui. Il pouvait oublier les lignes noires des feuillets restées dans l’entrée et ses suées nocturnes. Une hésitation, une sensation de vide le cueillit à l’estomac. Un détour par la cuisine et l’homme se laissa surprendre par la lumière crue du réfrigérateur fugitivement ouvert. Assis sur un tabouret, il essayait de ne pas avaler trop rapidement la crème sucrée choisie un peu au hasard. La cuiller ne fut cependant pas longue à rejoindre l’évier.
Encore ombre dans la nuit, il fit rapidement la liste de ce qui pouvait attendre et se dirigea vers la salle d’eau : seule urgence. La douche brûlante, même brève, lui permis de se débarrasser des dernières peurs nocturnes. Il se sentait apaisé, prêt à la suite. La vapeur dansante qui quittait son corps mouillé se devinait dans la lumière rouge de feux de stop filtrant à travers les volets. Il se débarrassa des dernières gouttes en se dirigeant vers la porte entrebâillée qui se découpait au fond du couloir. Celle-ci poussée, il se figea pour fixer les draps dérangés et essayer de démêler du regard le tissus de la peau. L’homme se permit un sourire.
Il ferma la porte, dernier rempart contre les heures passées dans le froid de la rue et de la peur. Il abandonna la serviette humide sur le parquet et trouva une ouverture dans l’écheveau soyeux posé sur le lit. Il s’y glissa, souple. Sa nudité en trouva une autre, son bras une poitrine, son ventre un dos, son bassin des reins et ses lèvres une nuque. Sa chaleur anima le corps endormi. Quelques mots, faibles et doux, furent échangés, perdus pour le reste du monde. Une bulle de chaleur enroba les draps et la torpeur qui y résidait se laissa chasser par les caresses, les glissements et les baisers entremêlés. Patiente, elle attendait son heure, sûre de son retour. Sa victoire fut éclatante. Elle survint après la dernière étreinte, dans le relâchement des muscles tétanisés à force de s’être tendus. Elle s’immisça dans le rythme des souffles cherchant un cours plus lent, entre les doigts enlacés. Elle refroidit enfin les peaux perlées de sueur et offrit le repos aux deux amants.
La rumeur persistante de la ville au dehors ne pouvait les déranger, pas plus que les grincements sourds de quelques pas dans la cage d’escalier.
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Je vous invite à lire le texte de Xavier que je remercie pour sa participation : à deux c’est mieux.