Piano

le classé dans et

Sur les fréquences basses de Thunder par S.M.V

Désorienté il ouvrit les yeux pour la seconde fois ; sentant sur sa langue une saveur cuivrée et salée qu’il hésitait à qualifier. Agréable ou écœurante ? La douleur qui le traversa effaça la question. Aveuglé par une forte lumière, phare ou projecteur, la pluie ruisselant sur ses yeux — à moins que ce ne fût des larmes — il hésitait même à respirer.

Mesurant le temps aux battements de son cœur il en compta une vingtaine avant d’essayer de bouger : ni se relever ni s’assoir mais simplement déplacer un bout de lui même. Lentement, il tourna la tête dont la mobilisation lui semblait la moins douloureuse. Le regard libéré d’un éclairage trop direct il distingua un sol de ciment recouvert de poussière rouge, de la brique, sous une pellicule d’eau. À nouveau il se créa une pause, les battements sourds remontant jusqu’à ses tempes. Il essaya de rassembler ses pensées, de convoquer des souvenirs mais c’était en vain. Il se concentra alors sur son corps ; fit des mouvement : infimes, précautionneux. Il roula sur lui-même et grimaça ; s’appuya sur un bras et gémit. Enfin, l’homme ombre s’assit puis, courbé, les deux mains posées sur le sol, il vomit.

La nausée lui fit oublier un peu sa douleur. Quelques séquences remontaient de sa mémoire. Une course, des coups, des coups de feu, le feu de sa gorge, sa gorge agrippée… plus rien. Il y avait eu un choc puis un autre suivi de toute une série. S’aidant d’un bloc de béton il se releva, luttant contre ses muscles courbatus et son équilibre vacillant. Trempé, il tremblait, de froid sans doute mais il respirait également l’odeur acide de sa transpiration qui participait à coller ses vêtements à sa peau. Abritant ses yeux de ses doigts il parcouru très lentement l’espace, tournant sur lui-même.

Il se trouvait sur une immense esplanade grise jonchée de blocs semblables à celui sur lequel il s’était appuyé. Elle devait avoir été abandonnée il y avait un moment ou était, au contraire, encore en construction. La lumière aveuglante provenait d’une rampe de projecteurs fixée sur un édifice fait de poutrelles métalliques qui le surplombait. Il chercha à distinguer les limites du lieu mais l’obscurité et le brouillard de l’averse ne le lui permirent pas.

Il réalisa enfin qu’il faisait nuit.

Retrouvez les chapitres précédents :

  1. Courrier perso
  2. Agrafes
  3. Réveil
  4. Salé