Courrier perso
le classé dans Défi et Vendredi soir
En écoutant Dylan Different par Ben Sidran
Perdu dans la nuit entre les flaques de lumière émises par le réverbères, il était difficile d’être discret dans cette rue trop calme de banlieue. Heureusement pas un des cadres peuplant les pavillons clones de la voie ne s’intéressait à autre chose que son écran, la fin de son repas ou encore sa femme – dans cet ordre là. L’homme-ombre s’efforçant de glisser entre les véhicules stationnés et les zones éclairées voyait ainsi sa progression facilitée. Au pire aurait-il pu saluer d’un sourire ou de la main un fumeur abrité sous son porche qui lui répondrait alors, gêné de ne pas le reconnaitre mais donnant le change pour ne pas perdre la face. À vrai dire, facile ne semblait pas être le mot car en y faisant attention la sueur se formant sur son front contrastait avec la fraîcheur de l’automne alors déjà bien mordante. L’homme s’arrêta tandis que les derniers rez-de-chaussée s’éteignaient : les banlieusards regagnaient leurs lits. Il fixait un container à déchets « cartons, papiers et flacons » coincé entre deux voitures en face du numéro 16.
À une intersection de là, une voiture plutôt longue démarrait, lentement. On eut pu imaginer le départ d’un travailleur de la nuit : médecin, agent de sécurité ou d’entretien mais trop fatigué ou distrait, pour penser à allumer ses feux de positions. Oubli qui fut réparé quelques dizaines de mètres plus loin : les phares faisant alors briller le chrome des chiffres du numéro 19, jetant leur clarté sur la rue abandonnée.
Les yeux plissés, l’homme-ombre regarda disparaître les points rouges des feux arrière de l’encombrant véhicule pendant un long moment. Accroupi, il s’étira en même temps qu’il se redressait. Les quelques minutes passées dans la rue avaient bien profité à la nuit, au froid également. Il était temps de bouger, voir d’agir. Juste à côté, un rythme étouffé et le souffle d’une voix masculine laissaient deviner Knockin’ On Heaven’s Door.