Médaillon

le classé dans

Texte bercé par le ballottage d’un train, lancé à grande vitesse.

Doré

Insensible au gris du ciel autant qu’à son bleu ; il accroche à ses arrêtes la lumière saisie, habille de nuances d’or chacun de ses reliefs.

Rectangle

Plat, délicat, ses coins biseautés tracent des angles sur les courbes d’une peau délicatement rosée, y posant son éclat.

Mobile

Enchaîné, il ne quitte la peau qu’en de rares occasions. Il désigne alors, avec gravité, le sillon gourmand où il s’engouffre ; profitant du bâillement d’une encolure lache.

Léger

Un cahot, une gorgée ou une toux étouffée font danser un instant ce bijou suspendu, entre deux pensées.

Violet

le classé dans

Bas et blanc Soleil,
branches soufflées par le vent,
ciel bleu, doigts gelés !

Lecture à emporter

le classé dans et

C’est sympa de lire un texte comme ça sur internet mais c’est bien sympa de pouvoir le lire, déconnecté, sur une tablette ou tout autre support mobile sachant lire le format ePub.

Je vous propose donc, si vous le souhaitez, de télécharger le texte de mon récent défi du vendredi soir.

telechargez À cheval au format ePub.

Le texte à été rédigé sur iPad, comme tous mes textes du vendredi, à l’aide de Deadalus Touch. L’ePub quant à lui a été assemblé sur Creative Book Builder, toujours sur iPad et découvert grâce à Jiminy Panoz. Le visuel de couverture à été réalisé avec Blender 3D et modifié avec Phoster.

Première expérience, à renouveler !

À cheval

le classé dans et

Souvenirs d’un tabouret de bar

« Hé p’tit gars, tu veux entendre une histoire ? Hé ! T’as l’air de te noyer dans ta bière. Écoute j’te dis. J’vais t’changer les idées. Merde alors, regarde moi quoi… »

Cela faisait plusieurs fois que l’homme tentait d’intéresser un client de passage au comptoir à son baratin. La barmaid avait arrêté de compter à la sixième ; c’était l’heure où les bureaux se vidaient pour se déverser dans les différents troquets du coin. Elle n’avait dès lors plus arrêté de prendre les commandes, servir, encaisser, charger le panier du lave-vaisselle, le vider, essuyer les dernières traces d’humidité sur les verres et recommencer. À chaque nouvel arrivant le type recommençait son cirque. Luc l’aurait sans doute déjà viré mais il était le patron lui ; et puis, seule au bar ce soir, elle n’avait pas envie de faire d’histoires. Tant que les clients ne se plaignaient pas… Ils se contentaient bien souvent d’éviter son regard et repartaient avec leurs boissons vers leurs collègues attablés puis oubliaient l’incident.

« C’est quoi ce rade où y’a personne pour prêter l’oreille à un vieil aventurier ?! »

Marrant ce mec quand même. Il avait l’air d’avoir la soixantaine pas trop abîmée ni marquée par l’alcool. Pourtant, et c’est aussi pour ça qu’elle n’essayait pas de le chasser, il aurait bien participé à la recette de la soirée. Il réglait à chaque commande — un verre de whisky, sans glace — en laissant un petit pourboire. Elle s’était amusée à construire une tour avec les pièces qu’il laissait et celle-ci menaçait de s’écrouler. Ça commençait à chiffrer. Il l’avait sermonnée pour la marque de l’alcool, pas assez tourbé, mais elle avait dû sortir une nouvelle bouteille. Fini de rêver ; retour à la pompe.

« Hé mec, t’as l’air crevé dis-donc ! Vu tes fringues — pardon, tes habits — tu dois surtout passer ta journée assis non ? Tu connais pas la fatigue du type qui se balade avec 20 kilo. de matos sur le dos. Hé hé, va pas te fouler le coude avec ta pinte hein ! »

Ah, le cadre en costard était mal barré : la salle était pleine et le comptoir occupé au maximum. Dernier arrivé, il ne pouvait pas bouger pour aller boire sa guiness ailleurs, tranquille. Le vieux allait peut être pouvoir la sortir son histoire finalement. Ça pourrait être marrant ; qui sait ? Malheureusement, avec l’affluence, la musique, le bruit des verres, la rumeur des discussions et les commandes qui arrivaient encore et encore, elle ne pourrait pas en profiter. C’est qu’il l’avait intrigué avec ses tentatives maladroites pour vider son sac.

« Dis, monsieur costard, on dirait vraiment que t’as besoin de te changer les idées. Tu devrais m’écouter. — merci mais.… ça va, je ne suis pas intéressé — ben t’as tort… elles sont super mes histoires ! »

Il n’insista pas, du moins pas encore, mais elle remarqua un petit sourire passer sur son visage. C’était la première réponse qu’il obtenait de la soirée ; sa première victoire. Elle ne pût s’empêcher de sourire également. Il le remarqua. Elle rougît un peu, essuya nerveusement le zinc.

« Dans mes histoires y’a même des jolies filles, jolies comme la demoiselle qui nous sert à boire dis donc. Dans mes histoires y’a de l’action, un peu, de la fatigue, des bars — mais pas comme celui-ci — et des jolies filles. T’es sûr qu’ça t’intéresse pas ? Non ? Ben t’es un peu con quand même. »

Bon, si le type commençait à monter dans les tours, là, assis sur le tabouret, il allait falloir faire quelque chose. Appeler les flic ? Elle n’espérait pas : le commissariat qui était au coin de la rue avait été fermé il y a deux mois et ils ne seraient pas la tout de suite… ça laissait du temps pour quelques dégâts. Elle avait bien un spray au poivre planqué à côté de l’évier mais…

« Remarque, t’as p’t’être raison mec. Elles sont longues mes histoires et toi, ben tu vas devoir rentrer auprès de madame un fois ta mousse séchée non ? — Euh oui… — Ça m’ferait mal de faire court : elles sont un peu compliquées, avec pas mal de détails. — … — Pis faut pas craindre que j’en oublie : j’ai toujours mes notes sur moi. Tiens, regarde. »

Il cherchait un truc dans sa veste. Elle se détendit un peu : il restait calme et parlait même moins fort. Peut être allait-il abandonner ? Le bar commençait à se vider, elle trouvait le temps de souffler un peu en s’adossant à l’armoire réfrigérée. Allez, encore un passage avec le plateau pour ramasser les verres abandonnés et elle pourrait se poser un peu sur le tabouret dans le recoin derrière le comptoir, pas loin du type bizarre en fait. Presque en face. Elle remplit le lave-vaisselle, se prépara mentalement à côtoyer l’épaisse haleine alcoolisée et s’assit, un peu en retrait. Il avait sorti de quelque poche revolver une collection de petits carnets.

« Bon ben euh… salut !  »

Le cadre ramassa son sac à dos lesté par un ordinateur, traversa la salle et sortit pour allez à la bouche de métro la plus proche. Il aurait une anecdote à raconter le lendemain à ses collègues. Le vieux glissa du tabouret et, la main suivant le zinc, il se dirigea vers les toilettes. Pas étonnant avec tout ce qu’il avait bu. De son siège, elle suivait sa progression, vaguement inquiète. Qui allait le relever si jamais il se viandait ? Son regard se posa sur les petits carnets oubliés sur le bar. Ils ressemblaient à ceux qu’elle utilisait au collège ou au lycée  : couvertures colorées, à peine cartonnées, avec un rappel du nombre de pages et du type de ligne. La seule choses qui les distinguait était les caractères imprimés sur ces couvertures. Il y avait de l’arabe — elle reconnaissait les arabesques — et des langues asiatiques aussi. Un collectionneur ?

« Ils vous plaisent mes carnets hein m’selle ? Vous sursautez ! Pardon je vous ai fait peur. Faut dire que leurs couvertures elle attirent l’œil. Elles sont bien jolies. Bien plus jolies que ce qu’y a dedans… »

Il lui avait fait peur cet abruti. Elle retourna à sa caisse, le laissant seul. De nouveaux clients arrivaient, de nouvelle chopes à remplir, des cacahouètes à servir. Elle était emportée dans l’agitation du second coup de feu. Il y avait pas mal de touristes. Ce serait un bonne soirée mais crevante.

Elle ne s’aperçut du départ du type aux carnets que lorsqu’elle releva le tabouret sur lequel il s’était assis, tombé par terre avec le dernier verre de whisky qu’elle lui avait servi. Il avait ramassé ses affaires, probablement de guerre lasse, et était parti avec le peu d’équilibre qu’il devait alors lui rester. Elle était déçue ; elle aurait bien écouté une de ses histoires après le service. En retournant derrière le comptoir elle vit qu’un des petits cahiers était tombé par terre. Elle le glissa dans le tiroir-caisse. Il reviendrait peut être le chercher.

Elle ne remarqua pas immédiatement les flashs bleus des gyrophares dans la rue. Elle apprit d’un passant entré pour un dernier verre que quelqu’un s’était fait renverser ; un « vieil alcoolique » d’après lui. Elle encaissa, reprit le carnet et le glissa dans une poche de sa veste suspendue derrière elle. Elle frissonna tandis qu’elle donnait un dernier coup d’éponge. C’était l’heure de fermer.

Au revoir

le classé dans et

Dans les sursauts de Good City for Dreamers avec General Elektriks.

Se souvenir : unique obsession accrochée à une mélodie au piano jouée en sourdine. Ordonner les éclairs illuminant sa mémoire par fragments.  Oublier le sang, le froid et la douleur pour se concentrer sur les heures le séparant de son présent. 

Il y avait cette musique, douce, la fraîcheur d’un verre dans sa main et la tourbe liquide coulant dans sa gorge. Il y avait son poing serré. Il y avait ces feuilles de papiers. Il y avait ces glaçons fondus et cette buée sur ses yeux ; larmes ou brûlure de l’alcool ? Il y avait ce soleil qui refusait de se lever plus. Il y avait tous ces mots, pliés, ôtés de ce livre évidé. Il y avait toujours la course de doigts agiles sur un clavier. Il y avait ces portières ouvertes,  cette serrure déverrouillée et ce pêne dégagé. Il y avait ce… sourire ? 

Blocage. Retour à la pluie, ou plutôt, alors, aux trombes d’eau qui enveloppaient l’homme et son ombre, le rinçant du sang et de la boue mêlés sur sa peu et ses vêtements. Il se leva pour lutter contre l’engourdissement qui le gagnait, cracha un peu de sang, fit quelques pas, hésitant, d’autres encore. Il s’éloignait des projecteurs, cherchant un peu de repos pour ses yeux.

Un des blocs de béton jonchant l’esplanade, cube fendu ou éventré, lui offrit l’abri recherché. Il s’allongea â même le sol et lâcha prise, fatigué au point de se moquer de savoir s’il allait se se réveiller ou non. Le sommeil ne fut pas long à venir, suivi par un cauchemar.

Il y avait ces bruits sourds d’objets tombant sur le tapis. Il y avait ces trois éclairs rendant visible l’os de son bras, porté devant ses yeux, à travers sa chair et ses paupières fermées. Il y avait le tintement du verre tombant en cascade. Il y avait cette fenêtre traversée. Il y avait cette chute. Il y avait cette course à travers les ruelles et ces pas accordés sur les siens. Il y avait ce choc contre ses cuisses et ses mains s’abîmant sur le goudron. Il y avait ces coups silencieux, ces semelles écrasant ses phalanges, ces doigts arrachant ce qu’il tenait encore fermement. Il y avait le soleil qui se levait enfin tandis que ses paupières, gonflées, se refermaient et toujours ces coups. Il y avait ce son métallique de coffre ouvert, ce flottement et la lumière qui disparaissait Dans un grand choc. Il y avait ce roulement, ces cahots, cette odeur de carburant et cette montée de nausée.

Il vomit une seconde fois, roulant sur le côté. Il se souvenait.

  1. Courrier perso
  2. Agrafes
  3. Réveil
  4. Salé
  5. Piano